
Cette année encore, le Tourne-Films Festival Lausanne (TFFL) proposera, majoritairement à prix libre, une riche programmation autour du cinéma et de sa musique, à travers une sélection de courts-métrages, de clips musicaux, de films de patrimoine et de documentaires, mais aussi une série de concerts, de concepts de médiation culturelle et d’afters festives.
La rétrospective de cette 8e édition, mettant à l’honneur des road movies musicaux, peut à plusieurs égards évoquer l’aventure mouvementée que constitue l’organisation d’une manifestation comme la nôtre.
En effet, il s’agit chaque année de prendre son courage à deux mains, de remonter ses manches, de prendre place derrière le volant, de démarrer le moteur et de se lancer dans une série de péripéties parfois rocambolesques. Comme les plaines désertiques que traversent les héros et les héroïnes de road movies à bord de leur bolide, le long chemin qui mène à la concrétisation d’un programme comme celui que vous avez sous les yeux est semé d’embûches. Mais, pour nous, pas de motels aux allures de coupe-gorges, de criminels patibulaires en veste de cuir ou de redoutables serpents à sonnette cachés derrière un cactus. Les obstacles qui se dressent sur notre route, bien moins cinématographiques mais tout aussi effrayants, ne sont autres que les demandes de fonds, les coupes budgétaires ou encore l’ubérisation de la culture, et vont toujours avec leur lot de doutes et de frustrations.
Alors lorsque le moteur crache de la fumée noire, à quoi bon continuer de prendre la route, année après année, envers et contre tout ?
Tout simplement parce que nous ne sommes pas seul·e·x·s dans notre véhicule, qui s’apparente plus au van Volkswagen de Little Miss Sunshine qu’aux rutilants motocycles des bikers belliqueux attaquant le convoi de Mad Max: Fury Road. Sur les sièges sont assis·e·x·s une vingtaine de jeunes professionnel·le·x·s qui travaillent dans l’ombre pour faire tourner le moteur, rafistoler les branchements et lustrer la carlingue, mais aussi les dizaines de bénévoles qui se joignent à nous durant l’édition et permettent au festival de mettre les gaz. À nos côtés, sur la chaussée, crapahutent d’autres véhicules, conduits par nos ami·e·x·s d’autres entités culturelles romandes qui, comme nous, croient dur comme fer à la force du collectif et nous donnent du courage quand nous en avons besoin. Et surtout, nous savons qu’en cas de panne, nous pouvons compter sur vous, cher public, pour nous donner la force de redémarrer pour vous offrir, au bout du voyage, un festival qui nous ressemble.
Alors oui, le monde ne va pas mieux, la culture non plus, et c’est précisément pour cela qu’il est impératif de continuer coûte que coûte à prendre la route ensemble.